30 ans d’Ardéchoise

Ce samedi 17 juin 2023, l’Ardéchoise fêtait ses 30 ans. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai participé à ce véritable pèlerinage qui voit affluer en masse des cyclistes de tout horizon. Cette épreuve m’a souvent apporté de belles satisfactions sportives : 19e en 1996, l’année où Vinokourov, alors licencié à Saint Etienne avait dévoilé l’étendue de son talent, 5e des Sucs en 2005 et plusieurs top 10 sur l’Ardéchoise Vélo Marathon pour ne citer que les meilleurs résultats que j’ai obtenus en près de 20 participations.

Il faut dire que je joue quasiment à domicile sur ces routes que je fréquente régulièrement au cours de la saison. Bien que je n’apprécie guère les évènements de masse, je reste fidèle à l’Ardéchoise car malgré le nombre de participants je parviens à y trouver ma place et des parcours qui me conviennent. Les 220 kms du parcours historique s’inscrivaient parfaitement dans l’esprit cyclosportif originel que j’affectionnais dans les années 90 et début 2000, puis, la création de la Vélo Marathon m’a ensuite immédiatement séduite avec ces 275 kms et ses 5 570 m de D+.

2016 et 2019, les pionniers de l’Ardéchoise Ultra

Ma pratique évoluant vers les longues distances, il m’en fallait pourtant davantage ! Alors dès 2016, avec quelques valeureux gaillards du Team Cyclosportissimo (Bertrand Albert, Jacques Barge, Gilles Rodier et Philippe Dovergne), nous nous sommes élancés en off sur le plus long parcours de l’Ardéchoise (614 kms) en mode bikepaking avec l’objectif de le boucler en moins de 40 heures.

En 2019, cette fois avec Cyrille Genel, Thomas Dupin, Cédric Béolet et Jacques Barge, nous effectuerons un test grandeur lors de l’Ardéchoise afin de poser les bases d’une future « Ardéchoise Ultra » en accord avec Gérard Mistler.

2022, l’Ardéchoise passe officiellement à l’ultra

La crise sanitaire passant par là, il faudra attendre 2022 pour que se concrétise ce projet un peu fou d’un parcours « Ultra » long de 620 kms avec pas moins de 31 cols à escalader pour plus de 11 000 m de dénivelé ! Le tout à boucler en moins de 36 heures…

Disputée dans des conditions météorologiques extrêmes (40° c le vendredi en fin d’après-midi dans le sud Ardèche), nous ne seront que 8 à terminer dans les délais ce challenge véritablement hors norme remporté par Cédric Béolet, déjà de l’aventure en 2019 alors que de mon côté, je termine à la 3e place.

2023, un nouveau départ

Il est aux alentours de 18h30 ce vendredi 16 juin 2023 lorsque je fixe mon dossard et mon tracker avant de patienter jusqu’à 21 heures pour prendre le départ de la seconde édition de l’Ardéchoise Ultra réduite à 400 kms, distance proposée en plus du 600 kms. Mais faute d’avoir suffisamment d’inscrits, seul le 400 sera maintenu.

Je n’ai plus remis de dossard depuis le 8 août 2022 lors du BikingMan AURA qui s’est achevé dans la douleur après 500 kms avec une fracture du fémur. Si j’ai quasiment effacé toutes les stigmates de cet accident et retrouvé un bon coup de pédale, une petite douleur discrète au niveau de la hanche gauche persiste. Rien de méchant ni d’handicapant pour autant.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, cette chute a quelque peu changé ma manière de considérer ma pratique. Si l’appel des grandes virées n’a pas disparu, il s’est malgré tout « adouci ». Désormais, j’ai du mal à me projeter au delà de 24 heures de vélo ou sur des distances supérieures à 500 – 600 kms. Le plaisir doit prévaloir, loin de toute forme de pression ou de contraintes qui, pour certaines, s’étaient imposées à moi sans que je m’en rende réellement compte.

Mon seul objectif sur cette Ardéchoise Ultra est de vivre une belle aventure tout au long de ces 400 kilomètres que je connais quasiment comme ma poche.

A 21h, le départ est donné par Bernard Hinault et Bernard Vallet et nous voilà parti à vive allure en direction d’Arlebosc. Rapidement, nous sommes une petite dizaine à prendre progressivement le large puis 2 groupes se forment peu avant la première difficulté à Boucieu le Roi. Déjà, Alexandre Meurillon prend les commandes avec dans sa roue 4 autres concurrents dont Rodolphe Chazal qui fera preuve d’une belle résistance. Je me retrouve pour ma part avec 2 compagnons de route, Didier Chomienne, que je connais depuis l’édition 2022 et Michel Angibaud. La température est idéale et je passe une bonne partie du temps à assurer le tempo de notre trio sur un profil de montagnes russes jusqu’au pied du col de la Faye qui me convient à merveille. A environ 1 km du sommet de cette première longue ascension, nous apercevons pour la première fois les lumières de ceux qui nous devancent. Nous marquons un petit temps d’arrêt là haut, à 1019 m d’altitude pour enfiler simplement un coupe vent avant de nous engager dans la descente sur Albon d’Ardèche. L’ambiance est calme et la température très douce malgré l’heure.

A Albon, nous retrouvons les 3 cyclos qui avaient pris les devants dès le départ avec Alexandre Meurillon et Rodolphe Chazal. Comme nous, ils font le plein des bidons avant de repartir en direction de Saint Pierreville. Nous les retrouverons dans la montée du col de Tauzuc où nous les distançons définitivement.

J’évolue désormais dans mon jardin et même de nuit, je pourrai avancer les yeux fermés tant les routes que nous allons emprunter jusqu’à Privas me sont familières !

Passé Privas, le col du Benas se dresse devant nous puis nous basculons en direction de Lussas où nous effectuons une courte pause à la base de vie après 170 kms. Nous repartons, peu avant 4 heures du matin, pour une petite portion de transition jusqu’à Vals les Bains. Dans la montée qui nous conduit à Genestelle, l’horizon blanchit, signe du jour naissant. D’ici quelques kilomètres, nous en aurons terminé avec la nuit. Jusque là tout c’est très bien passé, aucune sensation de fatigue, bien que moins élevé, le rythme demeure soutenu et les jambes répondent toujours présent !

A partir d’Antraigues, au petit matin, nous retrouvons le parcours historique de l’Ardéchoise avec l’enchaînement des cols d’Aizac et de Moucheyre avant d’arriver au pied du gros morceau du jour : le col de la Barricaude et ses 13.5 kilomètres de long, pour un dénivelé positif de 706 mètres et une pente moyenne de 5.2% qui me convient parfaitement.

J’aborde ce col avec sérénité et prends quelques longueurs d’avance sur mes 2 compagnons de route après 7 kms d’ascension.

Puis soudain, alors que tout allait bien, la machine semble se dérégler. Des maux de ventre apparaissent, une sorte d’état vaseux s’installe et le coup de pédale devient plus heurté. Didier me rattrape et je m’accroche tant bien que mal jusqu’au sommet où j’essaie de manger une barre énergétique qui ne passe pas.

Nous sommes à nouveau tous les 3 au moment de repartir en direction de Sagnes et Goudelet mais je ne parviens pas à prendre la roue de Didier qui s’éloigne progressivement. Impossible de hausser le ton pour combler le petit écart qui s’est creusé lorsque nous sommes repartis du col. Je me sens amorphe, incapable de sortir du faux rythme dans lequel je suis en train de tomber.

Cela va durer jusqu’aux Estables. Pendant près de 20 kms je n’ai plus de jus et je me contente de suivre Michel Angibaud. La tentation de couper directement au niveau du Gerbier de Joncs n’est pas loin mais j’essaie de balayer au plus vite cette idée noire. Je m’accroche à l’idée de me refaire la cerise aux Estables, soit au ravitaillement, soit à la boulangerie. Ce sera finalement la boulangerie et une copieuse quiche lorraine que je peine à terminer qui va me redonner l’énergie qui me manque depuis la Barricaude !

Je repars avec Michel qui a fait une petite pause comme moi en espérant retrouver de meilleures jambes dans les prochains kilomètres. Progressivement, je sens que les choses s’améliorent. Je subis moins le parcours et peux relancer de manière plus efficace au gré des petites bosses qui jalonnent le parcours jusqu’à Saint Clément. Je m’accroche à l’idée que je peux passer correctement le col de l’Ardéchoise et profiter de la longue descente jusqu’à Saint Martin de Valamas pour récupérer avant le final.

Dès le pied du col, je constate que les choses évoluent favorablement. Connaissant bien le profil, je temporise dans les kilomètres les plus pentus au niveau de la forêt et relance la machine à 4 kms du sommet où la pente s’adoucie nettement. J’atteins Borée sans encombre où je refais le plein d’eau avant que Michel n’arrive à son tour. Nous nous engageons ensuite ensemble dans la descente où je termine le reste de la quiche des Estables que j’avais glissée dans la poche arrière de mon maillot.

Au fur et à mesure que l’on descend on sent nettement la température augmenter. Les concurrents engagés sur les autres parcours de l’Ardéchoise commencent à nous doubler et nous nous efforçons de garder leurs roues pour économiser un peu d’énergie.

Il y a désormais beaucoup de monde sur la route qui conduit à Saint Agrève et je me donne comme objectif de doubler davantage de concurrents que d’être doublé moi-même ! Je m’y tiens assez bien finalement, preuve que j’ai bien récupéré de mon passage à vide du petit matin.

Les kilomètres défilent et le compte à rebours est enclenché : 50, 40, 30 puis 25 kilomètres une fois à Lalouvesc. La délivrance n’est plus très loin mais elle passe par la route interminable sur un léger faux plat descendant entre le col de Faux et le col du Buisson.

Après 17h37 d’effort je franchis la ligne d’arrivée avec une vive émotion intérieure. Je me revois quelques mois en arrière délaissant mes béquilles pour quelques minutes de home trainer où j’avais le sentiment de m’évader en suivant du regard mon avatar sur l’île virtuelle de Watopia. J’ai pris un réel plaisir tout au long de ces 400 kilomètres malgré le passage à vide que j’ai connu entre la Barricaude et les Estables. A vrai dire, je n’ai presque pas vu passer tous ces kilomètres ce qui me conforte dans le choix que je fais de privilégier désormais des épreuves de ce format, sans excès ni surenchère.

Place à une petite semaine de récupération avant de remonter à selle pour le Défi des Fondus de l’Ubaye à Jausiers le 23 juin.

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