Complètement marteau !

Certains pourraient penser qu’il faut être un brin marteau pour se lancer sur une trace qui prend soin d’aller chercher les pentes parmi les plus rudes que l’on peut trouver autour de Annecy. Sans compter que non content de lutter contre les pourcentages, il faut aussi pousser la chansonnette en reprenant le célèbre refrain « Si j’avais un marteau ». De quoi d’ailleurs inspirer des parodies de circonstance : « si j’avais un marteau, je cognerai Couput d’avoir eu cette idée saugrenue…« . Car c’est bien une idée saugrenue qu’à eu Jean-Yves Couput de tracer le parcours de ce nouveau défi pour amateurs de grimpettes, trouvant son inspiration dans les 7 Majeurs dont l’Omomarto revendique une filiation tout comme la Conquête des Ardennes chère à Olivier Von Elmpt.

Ces 3 épreuves à réaliser selon le format de la randonnée permanente dans un délai de 24 ou 48 heures sont réunies au sein de l’Ultra D+ Challenge dont seul(e)s accéderont au tableau d’honneur, celles et ceux qui parviendront à boucler les 3 dans la même saison. Vous voilà prévenu…

En ces temps quelques peu perturbés par le contexte sanitaire lié au Covid 19, la pratique sportive évolue et l’on voit donc se dessiner de nouveaux rendez-vous offrant de la souplesse en terme de planification et permettant ainsi à tout un chacun de trouver la date lui convenant le mieux pour se mesurer à une épreuve qui renouvelle l’esprit des randonnées permanentes. L’Omomarto proposé par Jean-Yves Couput s’inscrit totalement dans cette dynamique.

Acte 1 – 5 juin 2021

Fidèle à l’esprit baroudeur qui anime le Team Cyclosportissimo depuis 6 ans, le tracé de l’Omomarto constitue assurément un passage obligé pour tout cyclo épris d’aventure quelque peu hors norme où tant de choses peuvent se passer, en bien… comme en mal ! C’est donc en compagnie de quelques membres du Team que nous avions coché les dates des 4 et 5 juin 2021 pour aller voir si l’homme au marteau se cachait bel et bien sur les pentes des cols de Haute Savoie.

Le mal justement, c’est du côté du ciel que nous allons le trouver avant même de nous élancer. Réveillés plusieurs fois dans la nuit par une pluie battante tombant sur le toit de nos mobil-homes au camping l’Horizon au-dessus de Talloires, nous n’avions guère d’espoir de voir la situation s’améliorer d’ici notre départ prévu à 6h du matin. 

La décision fut prise au cours d’un solide petit déjeuner de ne partir qu’à 7 heures pour les occupants du premier mobil-home composé de Bertrand, Rémi, Frédérik et moi-même (Patrick) dans lequel nous avait rejoint Romain, « invité » du Team Cyclosportissimo à l’occasion de cet Omomarto. Les occupants du second mobil-home (Thierry, Dominique, Hervé et Anne-Fred) repoussant leur départ dès que la pluie aurait cessé !

C’est donc sous la pluie que nous quittons notre camp de base pour rejoindre le départ officiel de l’Omomarto sur le parvis de l’hôtel de ville de Annecy. 10 kms pour être intégralement trempés ! Julien le régional de l’étape nous retrouve sur la piste cyclable à l’entrée de Annecy puis nous posons tous les 6 fièrement pour la photo de départ. 

Pas vraiment le temps de s’échauffer, ça grimpe immédiatement dès Annecy avec le Semnoz en guise de mise en bouche. La pluie a pratiquement cessé. La température n’est pas vraiment fraîche et l’on engage une longue, très longue ascension pour atteindre le sommet après 17 kms. Le Semnoz est de loin le col le plus long mais son profil relativement régulier n’en fait pas une difficulté majeure du parcours malgré ses pourcentages. ça promet pour la suite !

La suite, après avoir retrouvé le bord du lac d’Annecy, c’est une approche progressive en direction d’Ugine, point de départ de la première terreur du jour, l’Arpettaz. Un col plutôt méconnu mais terrifiant avec une pente moyenne de 8% sur plus de 14 kms. C’est pourtant une magnifique ascension, souvent en sous-bois avec, lors de notre passage, des jeux d’ombres et de lumières lui donnant une atmosphère presque surnaturelle. Sur cette petite route qui serpente on sent le souffle de l’homme au marteau tout proche tel un elfe qui hanterait la forêt… On est seul monde, face à soi-même, jouant du dérailleur, tantôt assis, tantôt en danseuse pour apprivoiser une pente qui semble se redresser régulièrement au fur et à mesure que l’on s’élève.

Photos Jean-Yves COUPUT

La descente, technique et rapide, ne permet pas vraiment de récupérer mais les 2 prochains cols, Aravis et Croix Fry, sembleraient presque faciles avec des pourcentages moyen inférieur à 6%. Profitons-en car derrière, se profile Plan Bois, une ascension sèche, courte au pied de laquelle on arrive sans transition après avoir franchi un petit pont sur lequel on déboule après une rapide descente. On ne peut faire plus violent comme prise de contact ! Gare à celui qui anticiperait mal un changement de vitesse, car on passe de près de 40 km/h à tout juste 10 en moins de 10 mètres !

Photo Jean-Yves COUPUT

La difficulté de Pal Bois est inversement proportionnelle à sa popularité mais c’est un col que l’on est fier d’ajouter à son tableau de chasse. D’une altitude modeste (1299 m) les pourcentages sont cependant en permanence supérieur à 10% pendant 5 kms, tout juste un léger replat (à 7 % !) à mi pente et la route se cabre à nouveau. Sa difficulté est telle qu’il ferait presque passer l’enchaînement suivant, col du Marais, col de l’Epine pour de vulgaires ponts d’autoroute.

Après le col de l’Epine, on bénéficie d’un petit répit d’une quinzaine de kilomètres avant de s’attaquer au dernier monstre de cette première journée. Et quel monstre ! Là encore, il ne faut se fier à son altitude qui n’atteint pas les 1200 m, mais l’ascension est redoutable et peut se transformer en véritable chemin de croix avec 7,5 km à 9% de moyenne et 1 km en légère descente avant l’assaut final où l’homme au marteau est prêt à frapper… Au sommet, la vue sur le lac d’Annecy fait office de superbe récompense. Il est alors temps de plonger vers Talloires pour mettre un terme à cette première partie du parcours en empruntant une piste forestière histoire de rajouter un peu de fun dans cette aventure ! 

Fin du premier acte : 200 kms parcourus, 5 600 m de dénivelé, 8 cols et 1 section gravel parcourus en 10h40

=> https://www.strava.com/activities/5418626077

Acte 2 – 6 juin 2021

Dimanche, nous repartons à 6h pour la seconde partie. Mis à part le modeste col de Buffy, on progresse vers le Grand Bornand par un itinéraire vallonné qui permet de monter progressivement en température sans excès. La journée s’annonce plutôt belle, la nuit a fait son œuvre et les jambes sont prêtes à se remettre à l’ouvrage.

La Colombière est la première difficulté du jour. Comparée à ce qui va suivre, cette ascension fait office de simple mise en bouche ! On s’assure que l’on a bien récupéré et on évite de trop s’enflammer pour se préserver pour la suite. Une suite qui intervient très rapidement car arrivé au Reposoir, on enchaîne avec la côte de Romme.

On plonge ensuite vers Cluses puis Bonneville pour se rapprocher du pied de la montée vers le Mont-Saxonnex via les gorges du Bronze en empruntant une petite section gravel peu après Vougy. Cette montée n’est pas un col, elle correspond en fait aux 7 premiers kilomètres du col de Solaison mais à tout moment, l’homme au marteau peut surgir, notamment dans les 4 derniers kilomètres avant d’arrivée au Mont-Saxonnex où le pourcentage moyen oscille entre 7,5 et 9,5%.

Après Mont-Saxonnex, le répit sera de courte durée et le contact avec de nouveaux forts pourcentages particulièrement violant ! En effet, alors que l’on se laisse glisser vers Bonneville, le gps indique de tourner immédiatement à gauche pour s’engager sur une toute petite route qui conduit au plateau d’Andey. On passe du 50×11 au 36×28 sans aucune transition et c’est parti pour près de 5 kms sans répit. Et ne pensez surtout pas profiter de la descente pour récupérer ! Non seulement les premiers kilomètres se font sur une piste mais lorsque l’on retrouve une route goudronnée, la pente est telle qu’il faut faire preuve d’une vigilance et d’une concentration extrêmes pour ne pas partir à la faute.

Enfin on peut souffler en retrouvant la route du Petit Bornand à la sortie de Saint Pierre en Faucigny. Nous sommes au kilomètre 300 du parcours intégral de l’Omomarto, soit le kilomètre 100 de la seconde boucle. Si l’homme au marteau n’a pas encore frappé, il pourrait bien attendre la terrible montée au plateau des Glières pour porter le coup fatal. Il est alors prudent de faire une petite pause à la faveur de la traversée du Petit-Bornand avant de s’attaquer à l’ultime gros morceau du parcours.

Là clairement, c’est sauve qui peut. On pioche au fond de soi-même tout ce qu’il nous reste d’énergie pour lutter contre une pente qui ne descend jamais entre 10 – 11 % et qui flirte au-delà de 14 par endroit. Le dernier kilomètre paraît interminable. Mais ce n’est hélas pas le dernier ! Le col des Glières est en effet plus loin, au bout du plateau qui se traverse par une piste heureusement assez roulante. On arrive en ces lieux hautement solennels un brin sonné tant la débauche d’énergie qu’il a fallu fournir pour se hisser jusque là a été importante.

Difficile de sourire après la montée des Glières !

Le plus dur est désormais dernière nous et l’on commence à entrevoir le retour vers Annecy avec un peu plus de sérénité même s’il reste encore près de 70 kms de montagnes russes à passer.

Si les difficultés ne sont plus aussi marquées que ce que l’on a connu jusqu’alors, la fin du parcours demeure usante et n’offre guère de temps mort. Même sur un modeste passage à 5% l’homme au marteau pourrait encore frapper… Il convient donc de rester sur ses gardes et de ne pas s’enflammer outre mesure tant que l’on n’aperçoit pas le lac d’Annecy. Mais lorsque celui-ci apparaît enfin, on peut pousser un énorme ouf de soulagement et commencer à savourer d’être sorti vainqueur de son combat épique contre ce satané homme au marteau.

Au final, nous serons 4 à avoir boucler l’intégralité du parcours. J’ai partagé une grande partie de cette aventure avec Julien et Rémi ainsi qu’avec Bertrand jusqu’aux Glières. Mention spéciale à Frédérik qui a fait preuve d’une formidable détermination en parcourant quasiment seul ce parcours de folie.

Ce deuxième acte s’achève ainsi après 185 kms, 4800 m de dénivelé,12 ascensions et 3 secteurs gravel parcourus en 9h50 (pauses comprises)

=> https://www.strava.com/activities/5424138213

Le cumul des 2 boucles donnant un temps (pauses comprises) de 20h30. Reste à savoir si sans une nuit réparatrice un tel timing est tenable.

Plus ou moins dur que les 7 Majeurs ?

Forcément, la question est sur toutes les lèvres. Inspiré des 7 Majeurs, l’Omomarto est-il plus ou moins difficile que la boucle franco-italienne ?

Sur le papier, les chiffres pourraient laisser penser qu’avec 7 cols à plus de 2000 mètres et près de 11 000 m de dénivelé pour un parcours de 20 kilomètres plus court que celui de l’Omomarto, les 7 Majeurs sont un cran au-dessus. Mais la réalité du terrain nuance le verdict des chiffres.

Sur l’Omomarto on retrouve beaucoup plus souvent de très forts pourcentages que sur les cols des 7 Majeurs. L’enchaînement des difficultés est également différent, plus usant et plus répétitif. En outre, on est rapidement en manque de repère sur le parcours de l’Omomarto car on ne s’éloigne jamais beaucoup de Annecy.

La comparaison est donc difficile car les 2 parcours ont leur propre caractère sans compter que la mesure de la difficulté est très subjective. On peut être bien sur les 7 Majeurs et être en travers sur l’Omomarto et vice-versa selon la préparation avec laquelle on s’est présentée sur chacun de ces 2 parcours.

Quoiqu’il en soit, Jean-Yves Couput a tracé un défi qui ne sera pas simple à relever pour celles et ceux qui tenteront de venir à bout de l’Omomarto en moins de 24 heures. S’attaquer aux Glières après 300 kilomètres promet sans doute quelque coup de massue..