Le départ : un rêve devient réalité
Le mercredi 17 juin 2026, il n’est plus temps de rêver. Après des mois de préparation, le moment est enfin venu de partir. Avec Benoît et Valérie qui va nous accompagner jusqu’au départ de l’aventure, nous prenons l’avion et nous quittons Nice sous une chaleur écrasante. Plus de trente-cinq degrés. Quelques heures plus tard, après une escale à Oslo, l’avion entame sa descente vers Alta.

Lorsque nous posons le pied sur le tarmac, un premier choc nous attend. Il est près de vingt-trois heures, le thermomètre affiche… neuf degrés ! Nous venons de perdre plus de vingt-cinq degrés en une journée.
Mais ce n’est pas cela qui nous surprend le plus. Il fait jour ! Un vrai jour. Le ciel est couvert, mais la nuit ne semble pas vouloir s’installer. Nous sommes à près de quatre cents kilomètres au nord du cercle polaire. Pour la première fois, nous découvrons ce phénomène si particulier qu’est le soleil de minuit. Je l’avais imaginé des centaines de fois. Le vivre est tout autre chose.


Nous récupérons nos cartons à vélos avec une certaine appréhension. Le transport aérien est toujours une source d’inquiétude pour des machines aussi précieuses. Lorsque nous découvrons que tout est intact, un premier poids s’envole. Nous rejoignons ensuite la petite maison que nous avons louée pour deux nuits. Demain, une nouvelle étape nous attend : redonner vie à nos vélos.


Le lendemain matin est donc entièrement consacré au remontage. Chaque pièce retrouve sa place, chaque sacoche reprend naturellement sa position et peu à peu, nos vélos redeviennent ceux avec lesquels nous avons imaginé cette aventure pendant des mois.
Lorsque tout est enfin prêt, impossible de résister à l’envie d’aller rouler. Quelques kilomètres seulement, le temps de vérifier que tout fonctionne parfaitement. Le temps surtout de découvrir les paysages qui vont nous accompagner dans les premiers jours.
Et là, l’émerveillement est immédiat.


Le soleil est de la partie. Les montagnes plongent dans les fjords, les routes semblent infinies, l’air est d’une pureté incroyable. Nous roulons sans véritable objectif, simplement heureux d’être enfin là. J’ai presque la sensation de reconnaître ces paysages que je découvre pourtant pour la première fois. Cette impression étrange confirme ce que je pressentais depuis des mois : j’avais déjà parcouru cette route dans mon imagination.
Après une courte sieste, nous rejoignons en fin d’après-midi le briefing de la NorthCape-Tarifa où tous les participants sont réunis.
Les vélos sont alignés, chacun effectue les derniers réglages, les conversations mêlent excitation, curiosité et une légère tension. Nous savons tous que, dans moins de vingt-quatre heures, chacun vivra sa propre aventure.


Cette soirée est aussi l’occasion d’échanger quelques mots avec le luxembourgeois Ralph Diseviscourt. J’éprouve beaucoup d’admiration pour cet immense ultra-cycliste, dont les performances n’ont jamais éclipsé la simplicité et la disponibilité.
Une dernière nuit à Alta et le lendemain matin, nous rangeons la maison, chargeons les vélos dans le van que nous avons loué et prenons enfin la route du Cap Nord.
Les kilomètres défilent, les paysages deviennent toujours plus vastes, plus minéraux, plus sauvages. Nous nous arrêtons régulièrement, incapables de résister à l’envie d’immortaliser ces premiers instants. Ici, tout semble plus grand. Plus silencieux aussi.



Le van franchit enfin les derniers kilomètres puis, apparaît ce nom qui m’accompagne depuis tant de mois : Nordkapp.
Je descends presque machinalement du véhicule. Je marche vers le globe. Je prends quelques photos, quelques selfies, comme pour me convaincre que tout cela est bien réel. Je peine encore à réaliser.

Pendant des mois, le Cap Nord n’a été qu’un point sur une carte, une image qui revenait sans cesse dans mon esprit. Aujourd’hui, il est là, devant moi. J’ai parfois eu l’impression que ce jour n’arriverait jamais. Et pourtant, maintenant que j’y suis, tout me semble avoir été d’une étonnante évidence.

Je prends le temps d’observer les falaises, la mer de Barents, cette lumière si particulière qui refuse de laisser place à la nuit. Dans quelques heures seulement, nous quitterons cet endroit à vélo. Avant cela, tous les participants se retrouvent dans le vaste restaurant panoramique du Cap Nord pour partager un dernier repas avant le départ. L’ambiance est étonnante. Autour des tables, les émotions s’expriment de mille façons.

On entend des éclats de rire. Certains plaisantent comme pour évacuer la tension. D’autres restent silencieux, le regard perdu derrière les immenses baies vitrées. Quelques-uns vérifient encore leur matériel, consultent une dernière fois leur GPS ou rechargent leur téléphone. D’autres, plus pragmatiques, s’allongent sur les banquettes pour grappiller un ultime moment de partir pour une aventure dont on ne sait pas vraiment ce qu’elle nous réserve.
Je regarde tout cela avec un certain détachement. Nous sommes tous réunis dans cette vaste salle et dans quelques heures, pourtant, chacun vivra une aventure totalement différente.
Pour ma part, une sensation m’étonne. Je me sens incroyablement serein, j’éprouve même quelque chose de beaucoup plus difficile à décrire, un immense sentiment de liberté et une étonnante légèreté comme si, après des mois de préparation, je n’avais plus rien à faire, seulement un voyage à vivre.
Je comprends aujourd’hui que cette sérénité ne s’est pas invitée par hasard. Elle était le fruit de tous ces mois passés à me projeter sur cette trace, à la parcourir mentalement, à ne regarder que la destination sans jamais me laisser impressionner par la distance.
À cet instant précis, je savoure à 200% le privilège d’être ici, au Cap Nord, à quelques heures seulement du premier coup de pédale.
A suivre…
