Lorsque j’ai commencé à me projeter sur le projet Cap Nord – Nice il y a plusieurs mois, je pensais préparer un grand raid à vélo. Aujourd’hui, avec un peu de recul, je réalise que ce n’était pas seulement cela.
Cette aventure m’a appris que les kilomètres ne racontent finalement qu’une petite partie de l’histoire. Bien sûr, il y a les chiffres. Ils sont impressionnants et ils donnent une idée de l’ampleur du défi : près de 4 800 kilomètres parcourus en quinze jours, huit pays traversés, des dizaines d’heures passées à pédaler. Mais ces chiffres ne disent rien de ce que l’on vit réellement.

Si je devais retenir une première leçon, ce serait celle de la préparation.
Pendant des mois, chaque détail a compté. Le choix du matériel, l’organisation des sacoches, les vêtements, la nutrition, les batteries, les itinéraires, les solutions de secours… Rien n’était laissé au hasard. Avec le recul, je comprends que cette préparation n’était pas une manière de tout contrôler. C’était une façon de partir sereinement, de pouvoir ensuite laisser toute la place à l’aventure.
Et pourtant, cette aventure a montré qu’elle ne suivrait pas le scénario imaginé.
Le projet était né d’une envie de partager cette traversée avec Benoît. Comme dans toute aventure humaine, nos chemins ont fini par se séparer car un duo n’est pas la somme de 2 individus, il doit en être la fusion pour ne faire qu’un. Ce moment a été difficile, mais il m’a surtout rappelé qu’un projet ne se résume jamais à un itinéraire. Ce qui compte, ce sont les valeurs qui l’ont fait naître.

J’aurais pu poursuivre coûte que coûte jusqu’à Nice. Pourtant, au fil des kilomètres, j’ai compris qu’une arrivée en solitaire ne raconterait plus la même histoire. Adapter la destination n’a jamais été un renoncement. C’était, au contraire, la manière la plus fidèle de respecter l’esprit dans lequel ce projet avait été imaginé. Cette fidélité au sens plutôt qu’au symbole est sans doute ce que je retiendrai le plus.
Mais cette aventure m’a surtout offert quelque chose que je n’étais pas venu chercher. Pendant quinze jours, la vie est devenue d’une simplicité presque déconcertante. Chaque journée se résumait à avancer, manger, boire, dormir, recommencer. Peu à peu, le bruit du quotidien s’est estompé. Les sollicitations permanentes ont disparu. L’esprit s’est vidé.
Je comprends aujourd’hui pourquoi certaines personnes ressentent le besoin de faire une pause dans leur vie. Cette parenthèse n’était pas une fuite, c’était une respiration.

Cette aventure m’a également confirmé combien le partage donne du sens à ce que l’on vit. Les messages, les encouragements, les partenaires qui ont cru dans ce projet, mes proches qui ont accepté de me voir partir pendant quinze jours, tous ceux qui ont suivi cette traversée parfois quotidiennement… font partie du voyage.
Enfin, cette aventure m’a rappelé une évidence que l’on oublie parfois dans nos vies si remplies : le bien le plus précieux n’est ni le temps, ni la performance. C’est le bien-être.
Nous passons beaucoup de temps à vouloir aller toujours plus vite, faire toujours davantage, répondre à toutes les sollicitations. Pendant quinze jours, je n’avais qu’une seule mission : avancer.
Je suis revenu avec beaucoup de souvenirs, des images plein la tête, des rencontres inoubliables et, je l’espère, quelques récits qui donneront à d’autres l’envie d’oser leurs propres aventures.
Car si cette traversée de l’Europe m’a appris une chose, c’est que les plus beaux voyages ne nous emmènent pas seulement d’un point à un autre, ils nous ramènent souvent à l’essentiel : le bien être.