Dans une préparation à un projet comme Cap Nord – Nice, il y a les kilomètres que l’on additionne, les dénivelés que l’on encaisse, les heures de selle que l’on accumule. Et puis il y a les sorties qui comptent davantage que les autres. Celles qui permettent de se tester vraiment, de valider des choix, de mesurer où l’on en est, physiquement comme mentalement.
Ce Tour de l’Aveyron en trois étapes, réalisé à l’occasion du week-end de l’Ascension, fait clairement partie de celles-là.
Avec Benoît, nous avions coché ce raid comme une étape importante dans notre montée en puissance vers Cap Nord – Nice. Plus de 600 kilomètres et près de 10 000 mètres de dénivelé positif, en longeant au plus près les limites du département de l’Aveyron : sur le papier, le programme était déjà solide. Sur le terrain, il l’a été encore davantage.

Le parcours, tracé par Guillaume Rouquette, régional de l’étape, avait tout pour constituer un excellent test grandeur nature. Trois longues journées, des enchaînements permanents, une vraie exigence physique, des portions isolées, des changements de rythme, de relief et de météo. Exactement le type de situation que nous devrons être capables de gérer au quotidien sur notre traversée depuis le Cap Nord jusqu’à Nice.
L’Aveyron s’est révélé à la hauteur de sa réputation : magnifique, varié, exigeant. Le département offre une succession de visages très différents. On passe des gorges profondes aux vallées plus douces, des routes sinueuses aux grands espaces des causses, avant de retrouver les ambiances plus rudes de l’Aubrac. Rien n’est jamais vraiment plat. Tout se gagne, tout se mérite. Un terrain parfait pour travailler l’endurance, la gestion de l’effort et la capacité à repartir encore et encore.
Mais ce raid a pris une dimension supplémentaire avec les conditions météo.


Pluie, vent, froid, averses de grésil : nous avons eu droit à un vrai cocktail de printemps contrarié. Sur le moment, ce n’est évidemment pas ce que l’on souhaite. Mais avec le recul, ces conditions ont été précieuses. Elles nous ont permis de tester concrètement nos choix de matériel et de vêtements dans des situations difficiles. Protection contre la pluie, gestion du froid, capacité à rester au sec ou à se réchauffer, choix des couches, confort sur la durée : autant de points qui ne se valident jamais vraiment sur une sortie idéale par grand soleil.
Pour Cap Nord – Nice, nous savons que la météo sera un facteur déterminant. Nous partirons pour quinze jours d’itinérance, avec des amplitudes importantes, des nuits courtes, des phases de récupération réduites, et une nécessité permanente de faire les bons choix. Ce Tour de l’Aveyron nous a donc offert un test particulièrement utile. Il a confirmé certaines options, mis en évidence quelques ajustements possibles, et surtout renforcé notre confiance dans notre capacité à avancer même lorsque les éléments se compliquent.
Au-delà de la préparation spécifique, ce raid fut aussi une belle aventure collective avec le Team Cyclosportissimo. Nous étions sept : Guillaume, notre guide local, Éric et Masha, Bertrand, Sébastien, Benoît et moi-même. Un groupe soudé, dans l’esprit du Team : du partage, de la solidarité, de la simplicité, et cette envie commune de vivre le vélo comme une aventure humaine autant que sportive.

Malgré la météo délicate, tout s’est déroulé sans fausse note. Chacun a trouvé sa place, le groupe est resté homogène, et les moments plus difficiles ont été traversés avec le sourire. Il y eut bien sûr de la fatigue, des vêtements humides, des descentes froides, des relances parfois un peu lourdes. Mais il y eut surtout des paysages superbes, des routes magnifiques, des échanges, des silences partagés, et cette satisfaction discrète qui naît lorsque l’on sait que l’on est exactement là où l’on doit être.
Mention particulière à l’accueil exceptionnel reçu lors de la seconde étape chez les beaux-parents de Guillaume, à proximité de Capdenac. Un accueil 5 étoiles, chaleureux et généreux, qui a offert au groupe une parenthèse précieuse au cœur du raid. Ces moments-là font partie intégrante de l’aventure. Ils rappellent que l’ultra-distance ne se résume jamais à une addition de kilomètres : elle se nourrit aussi de rencontres, d’attentions et de chaleur humaine.
Pour Benoît et moi, ce Tour de l’Aveyron restera donc comme une étape importante sur la route de Cap Nord – Nice. Non pas seulement parce que nous avons roulé plus de 600 kilomètres avec près de 10 000 mètres de dénivelé. Mais parce que nous avons pu nous confronter à une forme de réalité : celle d’un effort répété sur plusieurs jours, dans des conditions imparfaites, avec la nécessité de s’adapter sans cesse.
C’est exactement ce que nous irons chercher en juin, à une autre échelle.
Il reste encore quelques réglages mais ce week-end a renforcé une conviction : la préparation avance dans le bon sens, le corps encaisse et le mental répond.
A pratiquement un mois du départ, il est encore possible de nous donner un petit coup de pouce via la cagnotte Leetchi ouverte pour l’occasion. Chaque contribution, même modeste, nous aidera à finaliser les derniers préparatifs et à aborder cette aventure dans les meilleures conditions. Au-delà du soutien financier, c’est aussi une belle manière d nous accompagner jusqu’à Nice.