Flèche Vélocio 2026 — Sault nous voilà !

La Flèche Vélocio est un grand classique qu’on ne présente plus. Chaque année à Pâques, des équipes de 3 à 5 cyclistes se lancent dans une aventure de 24 heures pour converger vers le lieu de la concentration « Pâques en Provence ». Cette année, c’est Sault qui accueille l’édition 2026.

Le parcours que j’ai tracé affiche 478 km et 5 700 m de dénivelé positif depuis Mollans-sur-Ouvèze, où Benoît nous a accueillis la veille, face au Ventoux ! Nous serons quatre au départ — Pascal, Sébastien, Benoît et moi. Paul aurait dû être de l’aventure, lui qui a partagé tant de Flèches Vélocio à mes côtés. Mais une migraine tenace en a décidé autrement, et il restera au lit. Une pensée pour toi, Paul.

Benoît, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, c’est bien plus qu’un compagnon de route. Il sera mon binôme lors de notre grande traversée de l’Europe en juin prochain, du Cap Nord jusqu’à Nice. Autant dire que cette Flèche est aussi une belle occasion de roder notre entente avant ce long périple qui nous attend.

Le départ : Mollans, soleil levant et Luberon en toile de fond

7h00. Le groupe s’élance depuis Mollans-sur-Ouvèze sous un ciel dégagé. La trace que j’ai conçue offre un premier tiers roulant, presque généreux, qui longe le Luberon et suit la Durance. On savoure. On discute. On installe le rythme. C’est ça aussi, la Flèche — ces premiers kilomètres où tout semble encore possible et où l’on prend soin de ne pas brûler les cartouches trop tôt.

La Provence défile avec ses paysages si caractéristiques entre Gréoux-les-Bains et Moustiers-Sainte-Marie. On surplombe ensuite le lac de Sainte-Croix — ce bleu turquoise qui surprend toujours autant, même quand on l’a déjà vu cent fois — avant de faire une petite pause ravitaillement à La Palud-sur-Verdon. L’estomac est calé, les bidons pleins, les jambes encore fraîches.

On rejoint Castellane puis on met le cap sur Digne tandis que le soleil décline derrière les sommets proches de l’Ubaye.

Digne, 21h30 : les pizzas du second souffle

Nous arrivons à Digne-les-Bains à 21h30. Près de 300 km au compteur. La nuit est tombée, les températures ont commencé à chuter et il y a consensus unanime : une pause s’impose. Autour d’une table et de pizzas bien méritées, on refait le plein de tout — calories, chaleur, moral. Ces moments-là font partie intégrante de la Flèche. On parle, on rit, on repousse un peu l’idée des heures qui viennent.

Car les heures qui viennent, on va le découvrir, nous réservent une drôle de surprise.

La nuit : le froid, puis le grand froid

Après Digne, la nuit s’installe vraiment et avec elle, un froid que personne n’avait pleinement anticipé. Les températures dégringolent. 10 degrés. Puis 5. Puis en dessous de zéro. Les doigts s’ankylosent, la respiration se fait plus courte, les épaules remontent toutes seules. On pédale mais on commence à grelotter sérieusement.

C’est à Séderon, vers 5h30 du matin, que notre salut prend la forme d’une porte d’église entrouverte. On s’y engouffre sans hésiter. Quelques minutes à l’abri, à reprendre vie, à plaisanter un peu de la situation — parce que quand on est quatre, même le froid peut devenir une anecdote. Ce genre de moment, inattendu et un peu surréaliste, c’est précisément ce qui fait qu’on se souvient d’une Flèche.

Sault, 6…

En quittant la petite église de Séderon, on attaque la dernière difficulté du parcours : le col de l’Homme Mort. Un signe du destin sans aucun doute ! Mais personne ne vacille tant l’arrivée est toute proche avec en toile de fond la silhouette familière du Mont Ventoux. Je guette en souriant la borne kilométrique indiquant Sault, 6… Mais elle manque à l’appel.

L’aventure se termine donc après 478 km et 5 700 m de dénivelé. Une belle aventure. De beaux souvenirs. Et le plaisir intact de rouler ensemble, de partager ce plaisir de la longue distance (mais si!) où l’on roule de jour comme de nuit, où les jambes finissent toujours par suivre, et où les meilleurs moments sont souvent ceux qu’on n’avait pas prévus.

Car c’est ça, la Flèche Vélocio. Pas une course, pas une performance à valider sur Strava. Une aventure humaine, une équipée à plusieurs, avec ses imprévus, ses coups de froid et ses élans de solidarité dans une église de village. Cet esprit-là, je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs. Ces moments de partage qui naissent de la fatigue, du froid, de la nuit et de la complicité — ils n’appartiennent qu’à la Flèche. Et c’est précisément pour ça qu’on y revient, année après année, fidèles au rendez-vous de Pâques, quelque soit le verdict d’une gardienne du temple intransigeante qui veille sur le règlement avec une rigueur qui au final est tout à son honneur. Mais validée ou non, notre Flèche nous appartient.