Au delà de la chute

Plus les mois passent et plus je constate que les conséquences de ma chute le 9 août 2022 au petit matin sur les routes du BikingMan AURA n’ont pas été seulement physiques. Beaucoup de choses ont en effet changé dans ma manière d’appréhender le vélo depuis ce coup d’arrêt.

Certes, je me suis rapidement remis de ma fracture du fémur bien que plus de 18 mois après l’opération, une gêne, plus ou moins douloureuse, se manifeste toujours. Mais comme je le dis souvent, on apprend à vivre avec, temps que ce n’est ni handicapant ni réellement limitant. Je peux ainsi enchaîner les kilomètres comme j’ai toujours aimé le faire mais pourtant, rien n’est plus tout à fait pareil.

Auparavant, je guettais le calendrier des épreuves avec impatience pour planifier celles sur lesquelles je prévoyais de m’aligner, posant des jours de congés en conséquence. Je me sentais porté par une dynamique que j’entretenais par une communication régulière sur mes objectifs à venir, sur mes sorties de préparation. Sans avoir un pur esprit de compétition, je tâchais de donner le meilleur de moi-même pour jouer les premiers rôles aussi longtemps que je le pouvais. J’étais parfois sollicité avant et après certaines épreuves pour parler de ma pratique, partager mon expérience, éclairer les néophytes.

Et puis est arrivée cette chute, violente et imprévisible. Un coup d’arrêt net suivi de plusieurs mois de rééducation pour réapprendre les gestes du quotidien, marcher et pédaler. Quand je repense à tout ce chemin parcouru, je me rends compte finalement, que le vélo ne m’a pas t’en manqué que ça. J’ai beaucoup appris sur moi-même, sur cette fameuse « résilience », terme à la mode, et sur ce qui me procure du bonheur et du plaisir. J’ai surtout compris qu’avant ma chute j’étais déjà tombé… tombé dans une sorte d’engrenage pouvant devenir toxique. Je n’irai pas jusqu’à parler d’addiction car j’ai toujours eu le sentiment de garder le contrôle mais j’aurai pu sans doute facilement basculer dans le besoin malsain du toujours plus.

Dire que ma chute est arrivée au bon moment serait excessif. Néanmoins, avec le recul, je me dis qu’elle m’a évité certains excès et qu’elle s’est sans doute manifestée alors que je commençais à apercevoir les premiers signes d’un burn out sportif que je me refusais évidemment d’admettre. On a beau bien se connaître, répéter à qui veut l’entendre qu’on sait parfaitement gérer la planification de ses « objectifs », la pratique des sports dits « ultra » a des conséquences et un impact à la fois physique et mental que l’on néglige trop souvent.

Aujourd’hui, j’aime toujours autant le vélo et les longues virées. Cependant, je n’ai plus envie de contrainte, ni d’excès. Je ne me retrouve plus dans ce qui était devenu une routine : inscription, déplacement, épreuve. Rouler de jour comme de nuit ne m’attire plus autant. Je suis revenu à plus de mesure, plus de plaisir et tellement plus de liberté et d’équilibre.

« Le corps d’un athlète et l’âme d’un sage, voilà ce qu’il faut pour être heureux … »

Voltaire, Lettre à Helvétius

Je continuerai bien entendu à tracer des longs et beaux parcours, à partager avec ceux qui sont animés par le même état d’esprit que le mien. J’aurai en revanche beaucoup moins l’occasion d’accrocher un dossard ou de fixer un tracker sur mon vélo. Mais là n’est pas l’essentiel.

3 comments

  1. Interessant ce que tu écris. Ce chemin glissant que tu décris, vers le toujours plus, je l’ai souvent observé dans le milieu du vélo, et pas que dans la niche de l’Ultra.
    Ton accident t’as donc permis de faire une pause et prendre du recul sur ta pratique.

  2. de la musique pour mes oreilles, il y a quelques années, j’avais l’intention d’écrire un livre dont le titre et la thémathique étaient « Pro à 60 ans, ou comment assouvir un rêve que la jeunesse ne m’avait jamais offert »…
    Illusion… Tout comme cette envie d’absolu. J’ai compris récemment que ce n’est que l’expression d’un mal-être, plus ou moins profond. Qu’a t-on à prouver ?
    Je suis maintenant en dynamique d’une autre quête, celle de ma longévité sportive. Exit les 60 heures d’une BTR pour mes 60 ans, place au plaisir de pédaler avec autant de plaisir quand j’en aurais 80.
    Cela n’enlèvera jamais le petit sprint, la petite acceleration, mais ils seront dans la raison, parce que la déraison à ses limites.

  3. Nous sommes pas mal dans ton cas à retourner vers plus de mesure et pas forcément suite à une chute. La réflexion est parfois lente, parfois rapide et sur déception (inscription trop chère, mauvaise organisation alors qu’on a payé un bras, etc.). Il faut conserver le plaisir et apprendre à rouler différemment, ne pas se « tuer ». On peut se retrouver sur des événements plus confidentiels ou moins commerciaux. Pour ma part et plusieurs que je connais, les BRM et diagonales sont de nouveaux objectifs avec une vision de partage (d’expérience, de plaisir) et d’échange très nette. Le défi et la performance n’en sont peut être pas moindre mais l’égo s’oublie d’avantage.

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