Les enseignements de la Flèche Vélocio

482 kilomètres, 5 718 mètres de dénivelé, 19h24 de pédalage effectif, voilà le genre de sortie qui permet de savoir où j’en suis à 8 semaines du départ de la NorthCape – Nice.

En analysant les données, la première chose que je retiens est que ma fréquence cardiaque moyenne sur l’ensemble de cette Vélocio 2026 s’est établie à 112 bpm. L’année dernière, sur un profil plus roulant et une distance plus longue (545 km), elle était à 118 bpm. Six battements de moins par minute. C’est peu mais c’est un signe positif, cela signifie que le cœur travaille moins pour faire plus compte tenu du profil nettement plus vallonné de la Flèche 2026. Le signal d’une économie cardiaque en progrès avec une durée au-dessus de 130 bpm passé de 23,8 % à 12,5 %. Deux fois moins de temps en zone d’effort élevé, sur un terrain deux fois plus difficile. C’est déjà un bel enseignement mais bien entendu, ce n’est pas l’essentiel.

Pour mémoire, le parcours du Cap Nord jusqu’à Nice va se dérouler en deux temps très distincts. Les 4 000 premiers kilomètres, c’est le Nord. La Laponie, la Scandinavie, l’Allemagne, la Suisse. Du plat, du roulant, des paysages immenses et une certaine solitude. La lumière de juin qui ne tombe jamais tout à fait. C’est la phase où il faudra être patient, presque discipliné dans l’effort — rouler à 130, 140 watts quand les jambes en voudraient 200. C’est contre-intuitif. C’est pourtant là que se gagne ou se perd la fin d’épreuve.

Puis viendront les 1 300 derniers kilomètres. Les Alpes. Le Gothard, le Petit Saint-Bernard, l’Iseran, le Galibier, le Cayolle. Cinq cols. Cinq obstacles majeurs soumis aux jambes, aux poumons et à la tête. Le résultat dépendra entièrement de ce qui se sera passé avant.

Avec 350 kilomètres par jour, 2 000 à 2 500 mètres de dénivelé, on vise 14 à 16h sur le vélo, quelques pauses, et une nuit, courte, mais dans un lit. On le sait et on nous le répète régulièrement, l’équation est serrée. Il n’y a pas de marge pour les erreurs de gestion et c’est pour cela qu’avec Benoît on cherche à optimiser au maximum notre préparation et la planification de notre progression.

Journée type

A 150 watts de moyenne et une vitesse de 25 km/h roulés, les tapes de 350 kms mobiliseront autour de 14 à 15h de pédalage. Le « budget » temps par tranche de 24h se répartira idéalement comme ci-dessous :

Ce que disent les watts

Mon dernier test FTP est à 310 watts (sur home trainer). Ratio poids : 4,25 W/kg. C’est une bonne base pour passer tous les cols sans être en difficulté physiologique, même en fin de parcours, même avec 12 jours dans les jambes. Ce n’est pas la question.

La question, c’est ce que je vais faire de ces watts sur 15 jours. La cible est à 140 – 150 watts de moyenne journalière. Soit 48 % de mon FTP, bien en dessous du seuil aérobie. Soutenable à la journée. Potentiellement soutenable sur deux semaines, à condition de ne pas dériver.

Parce que la fatigue cumulée, ça ne se voit pas le premier jour bien évidemment. Elle va s’installer progressivement. Vers le jour 8, le jour 9, les jambes commencent à mentir. Elles ont l’air de tenir mais l cœur dit autre chose. Et c’est précisément au jour 12 que l’on aura le Gothard en vue.

Continuer à bien se péparer

Il me reste environ huit semaines. Le plan est simple dans sa structure et relativement exigeant dans son exécution. Je prévois deux semaines pour continuer à construire le volume. Des sorties longues, de l’endurance pure, rester en zone 2. Pas de surenchère d’intensité, c’est tentant mais c’est clairement contre-productif.

Fin avril, première simulation avec trois jours consécutifs à 250 kilomètres en moyenne par jour, avec des nuits courtes. Pas pour la performance, seulement pour apprendre comment mon corps consomme et comment il récupère.

Ensuite place au travail spécifique : dénivelé, cols, efforts soutenus en montée. Et les deux dernières semaines, l’affûtage : réduire le volume, laisser la fatigue se dissoudre, arriver au départ avec des jambes qui ont encore une mémoire fraîche.